Les jeunes de Mayotte interrogent-ils suffisamment leur histoire?

Alexane Ozier-Lafontaine est une lycéenne martiniquaise qui a fait parler d’elle en remettant en question les programmes de l’Education nationale française. Porte-parole de la jeunesse caribéenne et ultra-marine, son message a été entendu, supporté mais aussi critiqué par de nombreuses personnes en métropole et ailleurs. La jeunesse mahoraise doit-elle s’inspirer d’une telle initiative ?

AFRIK.COM : Bonjour Alexane, pourriez-vous vous décrire rapidement afin d’éclairer les lecteurs d’AFRIK.COM ?

Alexane Ozier-Lafontaine : Bonjour. Je m’appelle Alexane Ozier-Lafontaine, j’ai 17 ans, je suis originaire de Schoelcher en Martinique. Je suis actuellement étudiante en classe de première au Lycée Victor Schoelcher.

AFRIK.COM : Vous avez fait parler de vous en vous en prenant au programme scolaire, expliquez-nous l’origine de cette affaire…

Alexane Ozier-Lafontaine : Je faisais des recherches sur Victor Hugo afin de compléter mes fiches de révision pour le baccalauréat de français que j’allais passer en fin d’année, lorsque je suis tombée sur un extrait de son « Discours sur l’Afrique ». J’ai d’abord pensé que c’était un « fake ». Je l’ai placé dans un coin de ma tête. Puis un jour, j’ai décidé d’approfondir mes recherches car j’y pensais à chaque fois que mon professeur parlait de l’humanisme de cet écrivain. Après l’avoir lu en entier et vérifié si Victor Hugo avait bien tenu des propos méprisants et racistes, j’ai décidé de rédiger une lettre à l’Education nationale et de lancer une pétition pour demander à ce que les philosophes des Lumières et autres héros français ne soient pas présentés sans défauts par les enseignants et les manuels scolaires. Depuis, une représentante de l’Académie de Martinique m’a rendu visite dans ma classe et m’a « informé » que les élèves doivent apprendre ces choses par eux-mêmes et pas à l’école. Le médiateur de l’Education nationale m’a quant à lui assuré qu’il ferait passer mon message à ceux qui sont en mesure de modifier le programme scolaire.

AFRIK.COM : Suite à la réaction du rectorat, avez-vous décidé seule de médiatiser votre combat ou avez-vous été encouragée ? Si oui, par qui ?

Alexane Ozier-Lafontaine  : J’avais déjà été interviewée par Martinique 1ère et j’avais déjà lancé la pétition, car dès le début je savais déjà qu’une médiatisation était nécessaire afin d’être prise au sérieux par l’Académie de Martinique. France-Antilles Martinique, RAK et Antilla ont aussi participé à la médiatisation de mon combat.

AFRIK.COM : Aimiez-vous Victor Hugo avant de découvrir que, comme beaucoup d’Occidentaux à cette époque, son avis sur les hommes et femmes noirs était ouvertement raciste ?

Alexane Ozier-Lafontaine  : Oui, c’est un auteur que j’appréciais, pour ses talents d’écrivain mais surtout pour les combats qu’il a menés. Je pense toujours que ses combats furent admirables, mais j’ai beaucoup moins de respect pour l’homme.

AFRIK.COM : Pourquoi Victor Hugo et pas un autre auteur ?

Alexane Ozier-Lafontaine : J’ai pris Victor Hugo pour cible pour deux raisons. La première est que je l’admirais beaucoup, étant donnés tous les éloges à son propos. Il m’avait en effet été présenté comme un homme qui s’opposait à tout type d’injustice, de discrimination. La seconde est que ses propos sur l’Afrique ont forcément eu des conséquences sur la colonisation qui a suivie.

AFRIK.COM : Votre pétition sur internet a rencontré un certain succès. Combien avez-vous récolté de signatures en tout et quel effet espérez-vous ?

Alexane Ozier-Lafontaine  : J’ai récolté à ce jour environ 14 000 signatures. J’espère éclairer un peu plus les Afro-descendants, les anti-racistes et les jeunes sur le racisme caché de certains héros qu’ils adulent.

AFRIK.COM : Peut-on encore y apporter sa signature ? Si oui, comment procéder ?

Alexane Ozier-Lafontaine : Oui, elle se trouve actuellement sur la plateforme change.org, elle s’intitule « in order for french teachers to learn and teach that Victor Hugo was also a racist »

AFRIK.COM : Les messages de soutien à votre initiative ont été nombreux. Avez-vous également été critiquée ?

Alexane Ozier-Lafontaine : Oui j’ai été critiquée par un petit nombre de personnes qui pensent que Victor Hugo était victime de son ignorance et que je ne devrais pas lui en vouloir pour cela. D’autres m’ont aussi accusé de vouloir m’attaquer à la culture française. Certains m’ont dit que ses propos sur l’Afrique étaient fondés et m’ont même insulté.

AFRIK.COM : Quelles ont été les réactions de vos parents, de vos professeurs et de vos camarades ?

Alexane Ozier-Lafontaine : Ma mère m’a beaucoup soutenue, c’est elle qui m’a poussée à écrire une lettre à la rectrice alors que je doutais de mon idée. Mes professeurs n’ont pas exprimé leur ressenti vis-à-vis de ma pétition, mis à part ma professeur de français qui a jugé ma pétition excessive. Au niveau de mes camarades, certains me soutiennent, d’autres m’ont accusée de vouloir faire le « buzz » et d’autres pensent que faire ce genre de demande à l’Education nationale n’a pas de sens au XXIe siècle.

AFRIK.COM : N’est-ce pas un peu difficile d’être au centre d’un « buzz » à votre âge ?

Alexane Ozier-Lafontaine : Non, pas vraiment. C’est une cause qui me tient à cœur donc je ne m’attarde pas sur les critiques et les menaces.

AFRIK.COM : J’imagine que vous êtes une étudiante prometteuse. Quelles études et quelle carrière envisagez-vous ?

Alexane Ozier-Lafontaine : Je souhaite faire des études de comédie à The American Academy of Dramatic Arts, j’envisage une carrière d’actrice.

AFRIK.COM : Je vous laisse terminer cet entretien par une citation de votre choix qui résumerait bien votre combat…

« Chaque génération doit dans une relative opacité, découvrir sa mission, l’accomplir ou la trahir. »- Frantz Fanon

 

VENDREDI 1ER SEPTEMBRE 2017 / PAR RENAUD ARTOUX