1902: la destruction du « Petit Paris » des Antilles

Il y a plus d’un siècle, la Martinique vivait un véritable cataclysme. L’éruption finale pourtant prévisible de la montagne Pelée, volcan situé dans le Nord de l’île, provoquait la mort de milliers d’habitants pris au piège et la disparition de la magnifique ville de Saint-Pierre. Seuls deux survivants purent témoigner de cette page sombre de l’histoire des Antilles françaises.
 

Accostée en 1502 par Christophe Colomb et habitée par les Caraïbes (un peuple amérindien qui aurait chassé les Arawaks de l’île), la Martinique – également appelée Madinina – fut réellement colonisée par les Français à partir de 1635.

La Compagnie des îles d’Amérique, propriétaire du territoire, entreprend la colonisation à partir de la rade de Saint-Pierre. Les premiers colons défrichent les terres et cultivent le tabac, le roucou, le cacao ou l’indigo. Progressivement, les Amérindiens disparaissent (décimés par des maladies exogènes et par la pression des nouveaux arrivants) pour laisser place aux Européens et à leur main-d’œuvre servile d’origine africaine, utilisée essentiellement dans les cultures.

A l’aube du XXe siècle, Saint-Pierre est à son apogée

Par sa position et son commerce, Saint-Pierre est à la fin du XIXe siècle la plus importante ville des Antilles françaises. Elle s’est développé grâce au commerce des esclaves et à l’industrie sucrière (qui a remplacé l’industrie du tabac suite à la crise du XVIIe siècle). Son port accueille des marchands et navires du monde entier.

Ses rues sont toutes pavées, les fontaines nombreuses, les maisons et les bâtiments publics sont imposants et travaillés. La ville est par ailleurs très moderne pour la région : un tramway hippomobile, une chambre de commerce, un réseau d’éclairage urbain, un asile, un hôpital, un jardin botanique et enfin, un théâtre de 800 places sur le modèle de celui de Bordeaux.

Une bourgeoisie blanche a ainsi façonné la ville sur les standards européens et y coule des jours paisibles. Surnommée « le Petit Paris » ou « la Perle » des Antilles, la commune fait office de modèle de cité idéale aux yeux des voyageurs.

La montagne Pelée, ce puissant voisin

La montagne Pelée atteint les 1 397 mètres et domine la rade de Saint-Pierre. Elle tire son nom, semble-t-il, de son aspect dénudé lors de l’arrivée des premiers colons, quelques temps après une éruption volcanique. D’autres sources affirment que son nom provient de Pelé, la déesse du feu des indigènes Caraïbes. Quoi qu’il en soit, ce volcan a toujours été une menace pour les alentours malgré son activité modérée.

Historiquement les éruptions sont effectivement peu fréquentes et relativement faibles. En revanche son dynamisme magmatique peut être brutal et difficilement prévisible pour son voisinage. Au XIXe siècle, il n’a connu par exemple que deux éruptions : l’une entre 1851 et 1854 et l’autre entre 1889 et 1905 avec son paroxysme… en 1902.

Le jour de l’Apocalypse

Depuis 1889 donc, la montagne Pelée était en éruption. Or cette dernière va s’amplifier à partir du mois d’avril 1902. Des nuages de cendres, des fumerolles intermittentes, des secousses, une odeur de soufre, des éclairs. Les signes ne manquaient pas pour prévoir la colère imminente du volcan.

Toutefois la veille de la catastrophe, un calme apparent venait rassurer les autorités (préoccupées par l’organisation des élections à venir) : de fait, l’obstruction du cratère par le dôme en surrection bloquait l’expulsion finale.

Dans la nuit du 7 au 8 mai, les évènements s’accélèrent. D’intenses orages provoquent des coulées de boue qui dévalent les pentes et au petit matin, l’explosion du bouchon intervient. Une nuée ardente suit un puissant souffle et déferle à plus de 500km/h, recouvrant la quasi-totalité de la ville en moins d’une minute. Les lahars et les incendies détruiront ce qu’il en reste. Le bilan est extrêmement lourd : presque 30 000 victimes pour seulement deux survivants et le « Petit Paris » est rayé de la carte.

Cette catastrophe, progressivement classée dans les archives, constitue l’éruption volcanique la plus meurtrière du XXe siècle.

 

 

PAR RENAUD ARTOUX